Mardi 14 avril: Clic-clac.
Donc…
- une journée de construction métallique
- deux journées de préparation au laboratoire pour la fabrication des plaques photographiques
- dix heures de montage et deux de tests optiques & chimiques
- une équipe de trois personnes pour me seconder
- un kilo de bourguignon, des pâtes et un bocal d’ail des ours pour les ventres
20h: C’est parti!

Première étape, mise au point et vérification du rapport 1/1. Sur la
corde qui servira à me pendre, est fixée une règle millimétrée; on
vérifie que les centimètres sur l’image projetée soient à la bonne
taille, ensuite que les détails tout au long de la corde soient bien
visibles.
Trop de monde me tourne autour, allez manger! Merci…
Du calme pour les essais de lumière, afin de définir le temps de pause. Verdict: 8 secondes à f16.
Tout est prêt, les dernières instructions données, les dix plaques
photographiques montées sur le support, protégées par une épaisse bâche,
je me ficelle les pieds en haut de l’échelle, c’est d’un pratique!
Suspendu par les pieds, les deux malléoles se compressent, pas très
confortable. J’avance ou recule, en fonction des directives de Jonathan
pour faire la mise au point. Le filtre rouge est installé devant
l’objectif, la bâche enlevée… 3, 2, 1 GO! C’est long 8 secondes sans
bouger, suspendu par les pieds encore plus. Vient le moment du flash…
qui ne se déclenche pas: Emmanuel est obligé de sortir et d’appuyer
manuellement sur le bouton. Plus de 20 secondes de prise de vue, j’ai
des doutes sur le résultat.
Démontage.
Fin à 4h du matin.
Le développement se fait en lumière rouge, les plaques n’étant
sensibles qu’aux UV et au bleu, on voit l’image apparaitre comme dans le
développement du papier, mais il est difficile de déterminer le temps
exact pour atteindre la densité voulue. Une plaque supplémentaire est
prévue pour le test. 5 minutes… trop court, alors ce sera 7.
Tout de suite, je vois que la photographie a toutes les qualités d’un
raté: double image, floue et d’une composition des plus douteuses… Bon,
à une époque où l’on peut prendre une dizaine d’images par seconde,
trois jours pour un deuxième clic ne me paraissent pas excessifs!
Dimanche 19 avril: Clic 2
Un équipe plus restreinte, un nouveau lieu, proche de mon labo, un
autre montage optique qui oblige à faire deux prises de vue, cinq
plaques au lieu de 10, mais les gestes sont plus précis, ils commencent à
être rodés. Tout va plus vite! Anastasia propose de me monter plutôt
que de faire l’exercice de l’échelle, c’est mieux! Clic, de 8 secondes à
f16
Cette image mérite d’être tirée!
Elle n’est pas parfaite, des zones d’ombre, le piqué qui n’est pas à
la hauteur de mes attentes et surtout la posture, qui donne l’impression
que je fais du Yoga.
Donc… jamais deux sans trois.
Mardi 21 avril: Clic 3
Cette fois, tout roule, la prise de vue se fait en trois fois (tête
et buste/centre/jambes et pieds). Je reste 20 minutes saucissonné, c’est
presque confortable! J’ai prévu une deuxième série de plaques, mais la
concentration n’est plus suffisante.
Développement un peu anxieux. Et…. elle est bonne! Ouf! Dans la foulée je tire une épreuve de travail.
Dans le bleu du fer
Le cyanotype est certainement le procédé photographique le plus
simple à mettre en oeuvre et le moins toxique, vous pouvez facilement le
réaliser avec vos bambins. Le principe est simple, c’est un procédé par
contact, la chimie n’étant sensible qu’aux UV, le négatif doit donc
faire la taille de l’image finale. Toutes les opérations se font en
lumière blanche.
Au pinceau, on étend la solution sur une feuille de papier jusqu’à
absorption complète. Ha oui, le papier… C’est la croix et la bannière
pour trouver un papier acide et de bonne qualité. Contrairement aux
techniques traditionnelles, qui supportent la couche sensible dans une
épaisseur de gélatine en surface, l’image bleue du cyanotype est
physiquement dans le papier .
La feuille complètement séchée est plaquée contre le négatif dans un
châssis-presse, une sorte de carde robuste avec un dos facilement
démontable. Et hop! au four, enfin dans l’insoleuse, la boite à lumière
noire, pour quelques minutes. À la sortie, magie, d’une couleur jaune
paille en entrant, c’est toute une nuance de bleus qui sort de la cabine
de bronzage.
Le développement se fait simplement à l’eau acidifiée.Une fois le
séchage terminé, quelques corrections sont faites au crayon aquarelle
(bleu de Prusse ou blanc, forcément!).
Verdict
Je suis finalement accroché sur papier et par les pieds dans la
vitrine des Halles, cinq mouches vont éclore et me tiendront compagnie
durant le mois de mai. Les premiers passants s’arrêtent, me regardent,
rient, se moquent ou s’interrogent. Plus tard lors du vernissage, les
amateurs d’art feront des liens et tisseront des idées. Elle fonctionne
cette pièce!

Remerciement très spéciaux à Jonathan Delachaux qui a officié à ma
place durant les prises de vue et sans qui cet autoportrait ne serait
pas ce qu’il est et à Anastasia Saltet pour sa patience et son coup de
poignet pour me faire grimper au plafond, à Jean-Claude Mougin, pour les
conseils avisés, à Zoé Cappon, à Emanuel Hungrecker et à tous ceux qui
me supportent, d’une manière ou d’une autre… Et aussi merci aux rires, à
mes doutes et mes coups de nerfs qui me font rappeler que nous sommes
bien vivants.
Pour plus d’informations sur les techniques: